jeudi 25 juin 2026 - vendredi 26 juin 2026

09:00

Walter Benjamin fait de l’œuvre goethéenne une source essentielle d’inspiration depuis les années 1910, qui marquent le début de son parcours philosophique, jusqu’au projet majeur des Passages parisiens, qu’il laisse inachevé à sa mort. La thèse de doctorat que Benjamin consacre au concept de la critique esthétique dans le romantisme allemand s’achève par un examen de la notion goethéenne de “Urbild” ou “Urphänomen” (image ou phénomène originaire) – notion qui jouera un rôle structurant dans le déploiement de la méthode philosophique de Benjamin, d’Origine du drame baroque allemand aux Passages parisiens. Dans son essai sur le roman de Goethe Les Affinités électives, il présente de façon exemplaire la façon dont il veut refonder la théorie et la pratique de la critique esthétique. L’entrée consacrée à Goethe rédigée pour la Grande Encyclopédie soviétique porte témoignage de la façon singulière dont Benjamin s’approprie et détourne les codes de l’approche matérialiste de l’histoire littéraire. Les recensions des derniers ouvrages portant sur Goethe indiquent la persistance de cet intérêt, tant du point de vue de sa situation existentielle que de l’orientation de son œuvre, jusqu’à la fin dans les années 1930, marquées notamment par son exil parisien. Ces textes sur Goethe – des écrits de jeunesse jusqu’à ses travaux sur Paris – sont connus, mais ont rarement été étudiés comme un ensemble cohérent et dans une perspective transversale : c’est ce qu’entend faire ce colloque, afin de mettre en lumière l’évolution de l’interprétation dont font l’objet l’œuvre de Goethe et la figure goethéenne, tout en situant cette évolution dans le contexte du parcours intellectuel de Benjamin, lui-même éclairé par la situation historique dans laquelle il s’inscrit. Le colloque examinera également la manière dont l’approche méthodologique de Goethe influence les études plus ouvertement matérialistes des années 1930 sur Paris et Baudelaire.

Les questions qui balisent les discussions autour de l’œuvre de Goethe au début du XXe siècle sont multiples et rendent compte des débats qui animent le monde intellectuel allemand dans lequel Benjamin se forme. Certaines de ces discussions concernent, d’un point de vue méthodologique, la relation entre les sciences naturelles et les sciences de l’esprit et, d’un point de vue épistémologique, la façon dont doit être repensé le rapport entre la connaissance, la vérité et l’apparence. D’autres se situent à la croisée d’enjeux esthétiques et politiques : les ouvrages sur Goethe produits par les disciples de Stefan George, notamment le Goethe (1916) de Friedrich Gundolf, signalent le succès des réappropriations nationalistes et conservatrices du “mythe” goethéen – réappropriations dont Benjamin formule une critique décisive dès les années 1910 et dont il observera avec inquiétude les évolutions dans les années 1930.

Ce colloque souhaite, d’une part, mettre en dialogue les choix éditoriaux et de traduction qui ont été faits dans le cadre des rééditions et retraductions récentes de ces textes, et d’autre part, éclairer – par des approches associant l’histoire des idées, de la philosophie et de la littérature – la position résolument originale que Benjamin occupe au sein des débats suscités par les interprétations philosophiques, culturelles et politiques de la tradition goethéenne en Allemagne, des débuts la Première Guerre mondiale au début de la Seconde.

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