dimanche 29 janvier 2012

17:00

Concert de musique de chambre de l’exil et de la déportation
présenté avec le soutien de la Maison Heinrich Heine et le Forum culturel autrichien

A l’occasion de la Journée de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, ce concert commémore l’anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz (27 janvier). Il s’inscrit dans le travail de mémoire visant à faire revivre les œuvres des victimes de la dictature nazie.
Ce concert est présenté en coopération avec Hélène Roussel.

Programme :
Erich ZEISL (*1905 à Vienne – 1959 † à Los Angeles)
Menuhim’s Song pour violon et piano

Zikmund SCHUL (*1916 à Chemnitz – 1944 † à Theresienstadt)
Deux danses hassidiques pour violon et violoncelle (écrites en 1941-42 à Theresienstadt)
1. Allegro moderato
2. Allegretto

Hans KRASA (*1899 à Prague – 1944 † à Auschwitz-Birkenau)
Passacaille et Fugue pour trio a cordes (écrite en 1944 à Theresienstadt)

Karel BERMAN (*1919 à Jindřichův Hradec – 1995 † à Prague)
1938 – 1945 Reminiscences : suite pour piano solo (ecrite a Theresienstadt)
1. Mladi (Jeunesse)
2. Rodina – Domov (En famille – Chez soi)
3. Tovarna – Nemecko (La fabrique – Allemagne)
4. Osvetim – Tovarna na mrtvoly (Auschwitz – La fabrique de cadavres)
5. Tyfus v kz Kauffering (Typhus au camp de concentration de Kauffering)
6. 24.V.1945 Sam – Sam ! (24 mai 1945. Seul ! – Seul !)
7. Novy zivot (Nouvelle vie)

Interprètes :
Violon : Katharina HOTZENECKER
Alto : Sebastian FUHRLINGER
Violoncelle : Thomas KAUFMANN
Piano : Florian FEILMAIR

≪ Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli ≫ (Elie Wiesel)

Ce deuxième concert contre l’oubli focalise son intérêt sur la musique composée dans les camps de concentration, et plus particulièrement sur les musiciens déportés à Theresienstadt. En 1941, beaucoup de Juifs tchèques et allemands, ainsi que des personnalités célèbres juives ont été déportés à Theresienstadt (Terezin). La propagande nazie présenta ce camp comme une colonie juive modèle, notamment dans le film Le Führer offre aux Juifs une ville (1943), auquel des musiciens et des orchestres d’internés furent contraints de participer. En réalité, Theresienstadt était un camp de rassemblement et de transit vers Auschwitz ou vers d’autres camps d’extermination. Seulement 17 000 des 140 000 Juifs déportés à Theresienstadt ont survécu. Malgré les conditions de vie très dures, il s’y développa une vie culturelle tout particulièrement musicale. Nombre d’œuvres y furent composées et même présentées. Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de compositions tombèrent dans l’oubli. Ces dernières années, ces œuvres sont peu à peu redécouvertes.

Erich ZEISL, compositeur juif autrichien, est le seul musicien qui échappa au destin de la déportation ; mais, en 1938, il dut  s’exiler à Paris après l’Anschluss, puis en septembre 1939 aux USA où il mourut en 1959. La diffusion de son œuvre en Europe fut brutalement arrêtée par l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne puis en Autriche, et jamais il ne fut reconnu après la guerre comme il aurait pu l’être sans l’exil. Comme celles des autres compositeurs présents au concert, son œuvre ne sort peu à peu de l’oubli que depuis les années 1990. “Menuhim’s Song” pour violon et piano, écrit à Paris et dédié à Darius Milhaud, est tiré de l’opéra Job, achevé en 1939, et du libretto de Hans Kafka, d’après le roman de Joseph Roth. La musique de Zeisl, comme elle apparaît dans Menuhim’s Song, est d’une riche tonalité mais d’une sensibilité moderne, aux rythmes forts et aux mélodies expressives qui reprennent souvent des thèmes de la musique juive.

Zikmund SCHUL, compositeur juif allemand, étudia la composition chez Paul Hindemith à Berlin, puis chez Alois Haba à Prague, où il s’exila en 1933. Déporté en novembre 1941 a Theresienstadt, il y retrouva Viktor Ullmann, un ami connu à Prague. A Theresienstadt, Ullmann avait fondé et dirigeait le≪ Studio pour la musique nouvelle ≫, où il fit jouer deux œuvres de Schul composées au camp. Les “Deux  danses hassidiques” pour violon et violoncelle y furent créées à l’automne 1943, et le “Divertimento ebraico” y fut joué trois fois : en 1942, durant ce concert de l’automne 1943, et à la mi-août 1944, à la mémoire de Schul, mort à 28 ans de tuberculose en juin 1944. Avant de périr lui-même à Auschwitz en octobre 1944, Ullmann sauva plusieurs compositions de Schul, les confiant à des amis avec les siennes propres, mais une part importante de l’œuvre de Schul a été perdue. Malgré les difficultés extrêmes qu’il a du surmonter, ses “Deux danses hassidiques” pour violon et violoncelle écrites à Theresienstadt en 1941-42 débordent d’énergie vitale et de passion.

Hans KRÀSA, compositeur juif tchéco-allemand, est sans doute le plus connu des compositeurs cités. Né a Prague en 1899, il y étudia la composition auprès d’Alexander von Zemlinsky, et lors de séjours d’études à Paris, auprès d’Albert Roussel. On connaît surtout son opéra pour enfants Brundibár, composé en 1938. En août 1942, Krása fut déporté à Theresienstadt, et c’est là que cet opéra, qui auparavant n’avait été joué que clandestinement dans un orphelinat juif, fut publiquement joué lors de 55 représentations. Mais cette œuvre fut aussi instrumentalisée par les nazis qui en montrèrent des répétitions dans leur film de propagande Le Führer offre aux Juifs une ville. Déporté à Auschwitz en octobre 1944 avec Viktor Ullmann, Pavel Haas et Gideon Klein, Hans Krása fut immédiatement envoyé à la chambre à gaz. Émile Vuillermoz notait en 1925 que, dans l’idéal artistique recherché par Krása, l’élément de clarté, de vie et de lumière ressortait davantage que le ressenti profond, le désir, et la part de ténèbres. Au contraire, dans la Passacaille et Fugue pour trio à cordes composée peu avant sa mort, ce sont ces éléments les plus sombres qui l’emportent.

KAREL BERMAN, chanteur et compositeur juif tchèque, fut d’abord déporté à 23 ans au camp de Lipa, et à 24 ans à Theresienstadt en 1943. Tout en y continuant ses études de composition auprès de Viktor Ullmann et de Pavel Haas, il déploya une intense activité musicale comme chanteur, accompagnateur au piano, chef d’orchestre et de chœur, metteur en scène d’opéras, et aussi comme compositeur. Vers mars-avril 1944, il y écrivit la Suite pour piano solo, connue également sous le titre de 1938-1945 Réminiscences. Déporté à Auschwitz fin septembre 1944, il survécut et fut envoyé fin 1944 aux camps de Kauffering et d’Allach près de Dachau. Rentré en Tchécoslovaquie début mai 1945, il fut, parmi les musiciens qui survécurent à la déportation, l’un des rares à faire, après la guerre, une carrière musicale importante en Tchécoslovaquie et dans toute l’Europe, surtout comme chanteur et comme metteur en scène d’opéras. En 1984, il remania sa suite Réminiscences et ne la donna à publier que très tard, car elle touchait aux phases les plus dures de sa vie. Proche d’une musique à programme, elle retranscrit les expériences de son auteur, de sa jeunesse à la libération des camps, et malgré la dimension tragique de son vécu en déportation, c’est une œuvre illuminée par l’espoir.

Les interprètes :
KATHARINA HOTZENECKER – VIOLONISTE
Née à Linz, en Autriche, Katharina Hotzenecker a commencé le violon à l’âge de 7 ans. A partir de 1997, elle étudie à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne, auprès de Gerhard Schulz, membre du quatuor Alban Berg, et de Christian Altenburger. Elle y obtient en 2007 son diplôme de Magister Artium. Actuellement, elle étudie auprès de Evgenia Tchougaeva, en poursuivant ses études de musicologie aux Universités de Vienne et de Paris 8, et de droit à celle de Linz. Elle a obtenu plusieurs premiers prix aux concours nationaux autrichiens destinés aux jeunes musiciens et intitulés Prima la Musica, dans les catégories violon solo et musique de chambre. En 2001, elle a été lauréate de la fondation Musica Juventutis créée par le Wiener Konzerthaus, et boursière de la fondation suisse Thyll-Durr. En 2002, elle remporte le premier prix du concours Stephanie Hohl à l’Université de Musique et d’arts du spectacle de Vienne, dont le prix d’honneur lui est décerné en 2009 pour ses performances musicales exceptionnelles. Après des débuts de soliste à 14 ans avec l’Orchestre de chambre de Vienne dirige par Yehudi Menuhin, au Festival Haydn de Eisenstadt, elle a pris part à de nombreux concerts en Autriche et à l’étranger, notamment aux Young Artist’s Series de Londres, à Salzbourg (Schlosskonzerte), à Vienne au Konzerthaus (notamment en 2004 dans le double concerto de Brahms, avec l’Orchestre Philharmonique de Chambre de Vienne dirige par Claudius Traunfellner), à Moscou au Forum Moskovskij (festival de musique nouvelle du Conservatoire Tchaikovski), ainsi qu’à Paris (Festival 1, 2, 3… Cultures et Maison Heinrich Heine). Enfin, en tant qu’ambassadrice de la musique autrichienne, elle a également donné des concerts aux Forums Culturels Autrichiens de Londres, Paris, Prague et Moscou. En mai 2011, elle a créé pour l’Autriche, au Brucknerhaus de Linz, le concerto pour violon et orchestre In tempus praesens de Sofia Goubaidoulina.

Sebastian FUHRLINGER – ALTO
Sebastian Fuhrlinger est né en 1984 dans une famille de musiciens. Il a obtenu son premier diplôme de maîtrise comme violoniste dans la classe de Joseph Hell à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne, où il étudie à présent l’alto dans la classe de Hans Peter Ochsenhofer. Il a également suivi des master classes avec Igor Ozim, Gerard Schulz, Thomas Riebl, Jean Sulem, Miguel da Silva et Hatto Beyerle. Comme soliste, il a joué notamment à Vienne, au Musikverein, ainsi qu’au Japon. Comme chambriste, il joue régulièrement au Musikverein, dernièrement avec le quatuor Adamas, et dans d’autres salles de concert prestigieuses en Autriche et à l’étranger, avec des partenaires renommes tels que Christian Altenburger, Reinhard Latzko, Ernst Kovacic, Eszter Haffner, etc. Quant a son expérience orchestrale, il l’a acquise au sein des Wiener Philharmoniker et de l’orchestre du Staatsoper, de l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne et de la Haydnphilharmonie.

Thomas KAUFMANN – VIOLONCELLISTE
Né en 1981 à Graz, Thomas Kaufmann est entré à 10 ans à l’Université de musique et des arts du spectacle, dans la classe de Hildgund Posch. En 1998, il a intégré la classe de Heinrich Schiff à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne, où il a obtenu en 2006 son diplôme de Magister artium. En 2009 il a achevé ses études auprès de Troels Svane à la Musikhochschule Hanns Eisler de Berlin. Actuellement, il y suit un cursus de Master de musique de chambre. Il a été boursier du DAAD, du ministère autrichien de l’éducation, de la science et de la culture, et de la fondation suisse Thyll-Durr. Il a également reçu des impulsions musicales de Boris Pergamenchtchikov, Antonio Meneses, Frans Helmerson, Steven Isserlis, Ralph Kirshbaum, Gary Hoffman, Thomas Quasthoff, Ferenc Rados, Gabor Takacs-Nagy, Shmuel Ashkenasi, Hatto Beyerle et Juliane Banse, ainsi que de membres des quatuors Artemis et Alban Berg. En tant que violoncelliste du Trio Image, qui en 2009 a pris place dans le programme de l’Institut Goethe, il travaille avec Eberhard Feltz, Andreas Reiner et Heinrich Schiff. Thomas Kaufmann a joué comme violoncelliste principal dans des projets de la Camerata de Salzbourg et de l’Orchestre de chambre de Munich ; en 2007, il a été remplacant à la Philharmonie de Vienne. Il est membre de l’orchestre Klangverwaltung de Munich, et de l’ensemble de Martin Grubinger Strings and Percussion.

Florian FEILMAIR – PIANO
Né en 1989, Florian Feilmair a déjà remporté plusieurs prix importants, dont le premier prix et le prix spécial, Klassikpreis Österreich, pour son interprétation du 3e concerto pour piano et orchestre de Beethoven au concours national autrichien Gradus ad parnassum, ainsi que le premier prix du concours de piano Neue Sterne à Wernigerode en Allemagne. Il a étudié à l’Université privée Anton Bruckner de Linz auprès de Naoko Knopp et poursuit ses études à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne dans la classe de Jan Gottlieb Jiracek von Arnim. Florian Feilmair a commencé sa carrière de soliste comme lycéen, et c’est maintenant un pianiste très recherché, qui joue régulièrement au Konzerthaus à Vienne, ou au Brucknerhaus à Linz. En tant que chambriste, il joue fréquemment en duo avec son frère, le clarinettiste Benjamin Feilmair, et il a fondé fin 2008 le Trio Attersee.
En 2010, il a pris part à des concerts au Maroc, en Grece et à Londres.

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