L’ambassadeur e. r. Joachim Bitterlich a été ancien Conseiller européen, diplomatique et de politique de sécurité du Chancelier Helmut Kohl et, de 1993 à 1998, directeur du département de la politique étrangère, de développement et de sécurité à la Chancellerie fédérale. Il a ensuite occupé les fonctions de représentant permanent de l’Allemagne auprès de l’OTAN et d’ambassadeur d’Allemagne en Espagne. De 2003 à 2012, il a occupé des postes de direction au sein du groupe Veolia. Joachim Bitterlich est professeur (affilié) à l’ESCP Paris/Berlin depuis 2008. Il est membre de l’association des amis de la Maison Heinrich Heine et revenu à la Maison Heinrich Heine à plusieurs reprises pour y participer à des débats, notamment en 2016 et en 2021.

Passeur
Heureux d’avoir trouvé ce premier domicile Parisien pour l’année de mon passage à l’Ecole Nationale d’Administration, je suis arrivé à la Maison Heinrich Heine de la Cité Internationale Universitaire de Paris il y a bien 50 ans, en octobre 1974.
Mes premiers souvenirs sont restés marquants : une maison austère, moderne, fonctionnelle, typique des années 50, pas comparable aux autres maisons du parc. J’ai trouvé une petite chambre, installée de manière sobre, pratique avec un petit coin sanitaire – toilettes et douches communes sur le couloir, par suite du service militaire pour la deuxième fois l’apprentissage de la cohabitation avec des jeunes de mon âge inconnus au départ !
Et surtout, j’ai dû apprendre à adapter mon rythme de sommeil. En raison de la vue directe sur le boulevard périphérique – et sans double vitrage – mon sommeil s’est arrêté régulièrement à partir de 4h30 du matin vu le traffic croissant en dessous de nos fenêtres après un sommeil de maximal six heures. Peut-être les architectes avaient pensé que le périphérique ou les véhicules allaient disparaître ou simplement bien faire pour donner à ses étudiants assez de temps pour travailler….
Déjà à l’époque, Maison Heinrich Heine a été un „melting-pot“ de jeunes chercheurs et d’étudiants de différents pays et matières dont les quelques élèves allemands à l’ENA.
Mais étions-nous, nous les étudiants vraiment conscients que nous avions atterri dans une cité d’étudiants avec différentes maisons hébergeant les futures élites de nombreux pays européens et internationaux ? Certes, „élite“ a été un mot que beaucoup de mes compatriotes n’ont pas aimé entendre, 68 oblige ! Et ces maisons étaient pourtant des ouvre-portes idéaux, des tremplins pour le rapprochement à d’autres pays !
Nous étions dans les premières semaines plutôt occupés „full time“ par notre propre intégration dans une institution incorporant la (future) classe dirigeante de la France avant de commencer à nous intéresser à la place particulière de la Maison Heinrich Heine et des autres maisons internationales de la Cité – oui, une double chance qu’il fallait saisir !
Ce qui m’a manqué à l’époque a été peut-être „un passeur“, un „facilitateur“ qui me prenait dès le départ à la main afin d’apprendre rapidement le potentiel extraordinaire qui se cachait derrière cette maison et derrière la Cité.
Ce sont surtout les fêtes, les conférences et les évènements culturels dans ces autres maisons qui ont attiré progressivement notre curiosité pour ce parc magnifique à la limité du 14e arrondissement de la ville de Paris.
Je suis retourné à ce domicile temporaire uniquement après des années pour des conférences, me sentant dès l’entrée du parc automatiquement „chez moi“, comme si je ne l’avais jamais quitté.
Cette année-là a été non seulement une année charnière, mais une pierre angulaire vers ma future vie professionnelle en contribuant de manière indirecte, presque sous-cutanée à ma curiosité engagée d’abord pour notre voisin, la France, pour cette coopération entre nos deux pays, jusqu’aujourd’hui une des bases essentielles pour le renouveau de l’Europe, sujet-clé politique à l’époque comme aujourd’hui.
La Cité Internationale a contribué par son existence, par cette cohabitation de la jeunesse étudiante internationale, par ses rencontres et dialogues entre cultures pendant toutes ces années peut-être plus à la coopération, à la compréhension mutuelle et à la paix que beaucoup de déclarations solennelles.
Et c’est dans ce sens que la „Cité U“, que la Maison Heinrich Heine mérite le soutien de nous tous !
Contribution dans le recueil : Les 101 mots de la Cité internationale universitaire de Paris à l’usage de tous, Archibooks + Sautereau Editeur, Paris 2025, S. 151-153.