Uta Ackermann © DR

Uta Ackermann, résidente de la Maison Heinrich Heine en 2003/2004

Uta Ackermann a fait ses études à Leipzig, Leningrad et Paris, et vit aujourd’hui à Berlin. Outre de la poésie, de la prose et des traductions du russe et du français, elle a publié des pièces radiophoniques et des reportages. Son travail lui a valu plusieurs bourses.

Uta Ackermann est revenu à la Maison Heinrich Heine en 2016 pour le projet d’exposition poétique 10 façons d’oublier.

Témoignage

C’est en suivant les traces du poète René Char que je suis arrivée à la Maison Heinrich Heine, avec une thèse presque terminée, à la main, mais aussi de nombreuses autres pistes à explorer.

 Le poème de René Char, « Paris sans issue », m’a guidée dès le premier jour vers la rue de Sèvres, alors même qu’il n’y avait pas encore de place René Char quelques rues plus loin :

 „Je la nomme

Liseuse aux douze pavots blancs“

Ainsi, je passais mon temps à la bibliothèque, lorsque j’essayais de me plonger dans mes recherches, mais que j’étais tentée de réfléchir aux mystères de la Maison de Cambodge abandonnée, ou à l’image d’une colombe venant se cogner contre la fenêtre, ou encore d’accepter les invitations de mes voisins de lecture à prendre un café dans la merveilleuse cafétéria du sous-sol.

„En feuilletant son livre absent,

Elle demeure, je la perds“

Je me suis perdue dans la ville qui s’offrait à mes yeux depuis les fenêtres de la bibliothèque, à tel point que je ne l’ai pas quittée une seule fois pendant mon séjour ; je ne suis même pas allée à Versailles, seulement plus tard, avec mes filles. J’étais pourtant à Paris, devenue flâneuse sur les traces de nombreux poètes et peintres que je portais dans mon cœur ou que j’avais découverts à la bibliothèque et lors de lectures à la Maison. C’est ainsi que je me suis retrouvée à un séminaire à l’université Paris XIII et que j’ai suivi les traces de l’exil allemand à Paris.

Au sein de la chorale de la Cité, je me suis fait des amies et, après quelques répétitions, j’ai trouvé le courage, alors que nous répétions le Psaume 42 de Mendelssohn, d’aller voir le chef de chœur, originaire de Suisse, pour lui parler de la prononciation.

Et chaque fois que je vois un catalpa, je repense aux catalpas à l’entrée de la Cité, à mon chemin vers la Maison Heinrich Heine, au grondement sourd du périphérique sous ma fenêtre, à ces rencontres qui m’accompagnent encore aujourd’hui.

 

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