samedi 21 novembre 2026
19:00
Le projet Heine Komplex voit le jour à l’occasion du 70ᵉ anniversaire de la Maison Heinrich Heine à Paris, afin de valoriser son patrimoine et de rendre hommage à son illustre patron. Sophie Agnel et Oliver Augst entreprennent une exploration sonore des textes de Heinrich Heine, qu’ils transforment en un cycle de Lieder, à la croisée de l’improvisation et de l’écriture, entre mémoire et présent. Ce parcours artistique trouvera son aboutissement dans un concert final à Paris, où l’intégralité du cycle sera donnée en concert, révélant la force poétique et politique d’une œuvre toujours intensément contemporaine. À partir de janvier 2026, des créations audio seront mises en ligne régulièrement, faisant émerger progressivement une nouvelle écoute de la poésie de Heine.

JANVIER 2026
Heinrich Heine: Der Tod, das ist die kühle Nacht (1823/24), aus Buch der Lieder (1827)
Der Tod, das ist die kühle Nacht,
Das Leben ist der schwüle Tag.
Es dunkelt schon, mich schläfert,
Der Tag hat mich müd gemacht.
Über mein Bett erhebt sich ein Baum,
Drin singt die junge Nachtigall;
Sie singt von lauter Liebe,
Ich hör es sogar im Traum.
FEVRIER 2026
Heinrich Heine meurt en 1856, au moment où Les Fleurs du mal de Baudelaire paraissent. Les deux principaux représentants de la poésie moderne en Allemagne et en France, séparés d’une génération exactement, forment une constellation qui permet d’envisager la naissance du concept de poésie et d’artiste moderne au XIXᵉ siècle dans le jeu d’échanges franco-allemand.
Charles Baudelaire
Ciel brouillé
On dirait ton regard d’une vapeur couvert ;
Ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.
Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés,
Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.
Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu’allument les soleils des brumeuses saisons…
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé !
Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?
aus Les Fleurs du mal, in der deutschen Übersetzung von Simon Werle
MARS 2026
Heinrich Heine: Die schlesischen Weber (1844)
Le poème a été publié pour la première fois sous le titre « Les pauvres tisserands » le 10 juillet 1844 dans le journal Vorwärts ! de Karl Marx, puis distribué sous forme de tracts à 50 000 exemplaires dans les régions en révolte. Dès 1846 au plus tard, il portait dans les tracts son titre actuel « Les tisserands de Silésie ».
Die schlesischen Weber
Im düstern Auge keine Träne
Sie sitzen am Webstuhl und fletschen die Zähne:
Deutschland, wir weben dein Leichentuch,
Wir weben hinein den dreifachen Fluch –
Wir weben, wir weben!
Ein Fluch dem Gotte, zu dem wir gebeten
In Winterskälte und Hungersnöten;
Wir haben vergebens gehofft und geharrt –
Er hat uns geäfft, gefoppt und genarrt –
Wir weben, wir weben!
Les tisserands de Silésie
Ils sont à leurs métiers, sombres, les tisserands,
Sans larme dans les yeux, mais les crocs menaçants :
Nous tissons, Allemagne, nous tissons ton linceul,
Nous y tissons ces mots : « Trois fois maudits soient-ils ! »
« Nous tissons, nous tissons ! »
Maudit soit-il ce Dieu que nous avons prié
Dans le froid de l’hiver, quand nos ventres criaient ;
Vainement nous avons tenu et espéré,
Lui nous a bafoués et raillés et nargués –
« Nous tissons, nous tissons ! »
Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre
In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »
Editions Gallimard (La Pléiade), 1995
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Musique (extrait) de
Sophie Agnel (piano) & Oliver Augst (chant)
D’après une mélodie de Thomas Desi

