Regina Back, résidente de la Maison Heinrich Heine 1992/93 

Regina Back, née à Erbach dans l’Odenwald, a étudié la musicologie et les langues et littératures romanes à l’Université Philipps de Marbourg, puis – en tant que boursière du gouvernement français – à l’Université Paris IV – Sorbonne.

Elle a ensuite travaillé à la Radio bavaroise (Bayerischer Rundfunk) à Munich (1996-1999), à l’édition de la correspondance de Felix Mendelssohn Bartholdy à l’Université de Leipzig (2000-2007) et au portail de recherche sur la médiation musicale et les études de genre à l’École supérieure de musique et de théâtre de Hambourg (2008-2014). Regina Back a soutenu une thèse sur la correspondance entre Felix Mendelssohn-Bartholdy et Carl Klingemann (« Freund meiner MusikSeele », Kassel, Bärenreiter, 2014).

Regina Back a régulièrement enseigné dans des universités et des conservatoires supérieurs de musique, publié des livres et des partitions, donné des conférences, animé des concerts et des tables rondes, et rédigé de nombreux articles pour les programmes d’orchestres symphoniques et de festivals de musique à Munich, Salzbourg et Berlin, ainsi que des émissions pour les chaînes de radio Bayerischer Rundfunk et Norddeutscher Rundfunk.

Depuis 2014, elle travaille pour la Fondation Claussen-Simon à Hambourg, où elle occupe le poste de directrice générale depuis 2015 et celui de présidente-directrice générale depuis 2017. Elle a été nommée en 2016 au conseil d’administration de la Bucerius Law School à Hambourg. Depuis 2021, elle est membre du conseil de surveillance de l’Opéra national de Hambourg. Elle est membre du comité consultatif de l’Association fédérale des fondations allemandes depuis 2021 et en est la coprésidente depuis 2023. Depuis 2026, elle est membre du conseil d’administration de la Fondation Rotary de Hambourg.

Regina Back enseigne depuis 2018 à l’Institut de gestion culturelle et médiatique de l’École supérieure de musique et de théâtre de Hambourg, où elle occupe une chaire de gestion des fondations conformément à l’article 17 de la loi sur l’enseignement supérieur de Hambourg (HmgHG).

Depuis 2024, la Maison Heinrich Heine et la Fondation Claussen-Simon soutiennent l’internationalisation d’artistes émergents dans le cadre d’un programme de résidences et d’expositions.

 

Téléphoner en 1992 à la Maison Heinrich Heine

Lorsque j’ai emménagé dans la chambre 104 de la Maison Heinrich Heine en septembre 1992, toutes les chambres étaient équipées de téléphones permettant de passer des appels à l’intérieur de l’établissement. (L’ère des téléphones portables était encore loin.) De plus, à chaque étage, dans la cage d’escalier, il y avait une petite cabine téléphonique ouverte fixée au mur, d’où l’on pouvait passer des appels vers l’extérieur et à l’étranger.

On apercevait déjà depuis le hall d’entrée le téléphone situé au premier étage ; il était accroché directement au mur vers lequel mène l’escalier situé à gauche de la conciergerie. Lorsqu’on recevait un appel de l’extérieur, le concierge nous appelait dans notre chambre et on se rendait alors dans le couloir de la cage d’escalier pour y prendre l’appel. Si l’on souhaitait passer soi-même un appel vers l’extérieur, on pouvait également le faire à partir de cet appareil situé dans la cage d’escalier. Comme il y avait bien sûr souvent du monde dans la cage d’escalier, on s’en tenait à l’essentiel et on parlait à voix basse ; cela ne donnait pas lieu à de longues conversations. Chaque appel téléphonique coûtait plusieurs francs à la minute, chaque minute d’appel était donc extrêmement précieuse. Les conversations avec les parents ou l’ami en Allemagne étaient donc rares et précieuses.

Au cours de l’année universitaire 1992/93, il y eut toutefois une innovation technique : chaque chambre a été équipée d’un téléphone relié au réseau international. Cela n’a certes rien changé au niveau des coûts, mais cela a offert davantage d’intimité lors des appels à la maison et avec les amis. Aujourd’hui encore, je me revois dans la cage d’escalier et je me souviens de certains appels que j’ai passés à cet endroit, ainsi que des nouvelles que j’y ai reçues.

Le texte suivant a été rédigé dans le cadre du centenaire de la CIUP et a été publié dans l’ouvrage : Les 101 mots de la Cité internationale universitaire de Paris à l’usage de tous, Archibooks + Sautereau Éditeur, Paris 2025, p. 151-153.

Rhizome

Notre société est aux prises aujourd’hui avec la disparition d’espaces publics où les gens peuvent se rencontrer, quels que soient leurs origines, leur parcours ou leurs horizons d’expérience. Pour pallier la perte de solidarité, de cohésion et d’esprit collectif, des lieux comme la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP), où les rhizomes peuvent se tisser et se déployer, sont aujourd’hui plus importants que jamais.

Le concept de rhizome, tel qu’interprété philosophiquement par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille plateaux (1980), peut être compris comme une métaphore d’un monde de savoirs non hiérarchisés, d’une communauté ouverte et de la valeur des relations qui se créent sans intention ou objectif précis dans toute la société. Le rhizome se définit par des ramifications et des interdépendances qui ne suivent pas d’ordre hiérarchique comme à l’école, dans les études ou au travail, qui ne sont pas orientées vers un bénéfice mutuel comme les réseaux professionnels et sociaux, et qui ne servent pas à l’affirmation de soi comme les bulles sociales.

C’est précisément en ces temps d’individualisation, d’optimisation de soi et de fragmentation des groupes sociaux en « singularités » – selon le concept du sociologue Andreas Reckwitz – que des lieux comme la CIUP ont plus que jamais le devoir, à partir de leur ancrage local et au-delà des régions et des nations, de tisser des liens, d’établir des connexions et de promouvoir l’entente entre les peuples,. Pour cultiver la tolérance et l’ouverture d’esprit, nous avons besoin d’une richesse d’expériences partagées et valorisées, et d’une relation substantielle avec les autres. Pour plus d’esprit collectif et de communauté, y compris aux niveaux européen et international, nous avons besoin de dénominateurs communs, notamment d’un consensus sur des valeurs fondamentales partagées, d’une ouverture à d’autres cultures et expériences, du courage de débattre.

A l’échelle d’une vie, ce sont les aiguillages effectués dans la jeunesse qui font la plus grande différence. Des expériences clés de la vie s’avèrent souvent non seulement d’une grande importance et efficacité pour les individus, mais déploient à long terme une pertinence sociale. Les résident.e.s de la CIUP sont des jeunes gens qui portent en elles et eux des expériences et des situations très diverses, et qui se rencontrent dans ce lieu de vie commun, devenant ainsi partie intégrante de la communauté internationale. Ainsi, la CIUP favorise et influence considérablement le devenir et l‘avenir de ces jeunes, dans l‘esprit d‘une société ouverte et éclairée.

L’un des privilèges les plus élevés et les plus honorables a toujours été d’ouvrir la voie à la « sérendipité » dans la sphère sociale, c’est-à-dire de créer des lieux et des espaces où cette heureuse coïncidence peut devenir un événement, où des rencontres se font et où des idées naissent spontanément, où un cadre est créé pour que des liens puissent se développer. D‘innombrables amitiés, relations et coopérations ont vu le jour à la CIUP depuis maintenant plus que 100 ans, tissant un rhizome à travers les domaines d’études, les générations, les lieux de résidence, les universités, les pays et les décennies. De telles relations constituent la base sur laquelle s’épanouissent la connaissance et le développement de soi, l’esprit collectif et l’humanité, l’entente entre les peuples et la paix.

Les jeunes qui ont élargi leur horizon grâce à ce qu’ils et elles ont appris et vécu, qui ont pu réfléchir et concrétiser leur attitude vis-à-vis du monde, qui ont pu faire l’expérience de leur appartenance à une communauté ouverte, diverse et tolérante et qui ont emporté ces expériences avec eux et elles sur leur chemin de vie – ces personnes seront toujours prêtes à prendre des responsabilités et à participer à la construction d’une société ouverte.

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